Odile, une vie de courage, de résilience et de kilomètres parcourus

À bientôt 69 ans, Odile se définit avec humour comme une « mamie ». Mais derrière cette simplicité se cache un parcours de vie hors du commun, fait de combats silencieux, de détermination et d’une énergie communicative qui force l’admiration.

Née dans un petit village agricole, Odile grandit avec un handicap visuel qu’elle vit très difficilement durant son enfance. À l’époque, il y a près de soixante ans, le handicap est peu compris, peu accompagné, et encore moins pris en compte dans le milieu scolaire. Atteinte de rétinite pigmentaire, tout comme son frère, elle doit faire face très tôt au regard des autres, aux moqueries et à un sentiment profond d’injustice.
Malgré tout, un premier déclic s’opère : refuser de rester enfermée dans une situation subie. Odile décide alors d’avancer, de partir travailler, de devenir autonome. Très jeune, elle trouve un emploi dans une ville voisine, une première étape déterminante vers l’indépendance.

Son parcours scolaire est semé d’embûches. Si elle apprend à écrire grâce à un instituteur bienveillant de son village, le collège se révèle particulièrement éprouvant. Le manque de compréhension, l’absence d’adaptation et la méconnaissance du handicap rendent le quotidien difficile. Pourtant, Odile continue d’avancer, portée par une force intérieure et le soutien précieux de sa grand-mère, qui n’a jamais cessé de l’encourager à croire en elle : « Tu es une fille comme les autres, tu peux y aller ».

La vie familiale apporte à son tour son lot de défis. Mariée à un militaire souvent en mission, Odile élève en grande partie seule ses deux fils, affrontant les regards, les préjugés et les difficultés du quotidien. Là encore, elle s’adapte, apprend, et construit sa vie avec courage. Ses enfants grandissent différemment face à son handicap, chacun à sa manière, mais tous participent à forger cette relation forte à l’autonomie et à la débrouillardise qui caractérise Odile.

La course à pied entre dans sa vie presque par hasard. D’abord accompagnée d’un chien guide lors de ses promenades, elle observe les coureurs le long de la Moselle, fascinée par leur liberté de mouvement. Un jour, une invitation change tout : « Tu ne veux pas courir avec nous ? ». Malgré ses craintes, Odile ose essayer. Très vite, elle découvre une discipline qui lui correspond profondément. Six mois plus tard à peine, elle franchit la ligne de départ de son premier marathon : celui de Paris.

À partir de là, tout s’enchaîne. La course devient une évidence, un espace où elle retrouve le contrôle de son corps, où l’effort est entièrement le sien. Contrairement au tandem, où le pilote donne le rythme, courir lui permet d’avancer par elle-même, guidée mais actrice de chaque foulée. Les débuts en club ne sont pas simples : la peur de mal faire, de la faire chuter, freine certains. Mais Odile persévère. En se lançant un nouveau défi, une course de 24 heures, elle rassemble autour d’elle un groupe de coureurs solidaires. Ce moment marque un tournant : elle est pleinement acceptée, devenant même la mascotte du club.

Physiquement, la course à pied est pour elle une source de vitalité. Mentalement, elle lui apporte confiance, ouverture aux autres et une formidable richesse humaine. Les courses sont aussi l’occasion de voyager, de rencontrer, d’encourager ceux qui doutent, et de continuer à se prouver que tout est possible.

Aujourd’hui, Odile poursuit un objectif symbolique et inspirant : courir son 70ᵉ marathon pour ses 70 ans, en 2027. Un défi qu’elle aborde avec lucidité, après avoir traversé des épreuves de santé importantes, dont un cancer et une lourde opération. Rien n’est jamais acquis, mais la motivation est intacte. Comme le lui rappelle son petit-fils de 11 ans : « Mamie, tu sais que tu es incroyable ».

Au-delà des kilomètres parcourus, Odile incarne un message fort : celui de l’action, de l’engagement et du refus de l’isolement. Toujours curieuse, toujours active, elle continue d’avancer, de partager et d’inspirer. Parce que pour elle, vivre pleinement, c’est avant tout ne jamais baisser les bras.

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