Rendre le numérique accessible aux déficients visuels
Dans un monde de plus en plus connecté et dématérialisé, l’accès aux outils numériques est devenu indispensable pour accomplir les gestes du quotidien. Pourtant, pour les personnes déficientes visuelles, l’utilisation d’un smartphone peut rapidement devenir un véritable obstacle. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les ateliers numériques de l’ECL, animés par Taha, un intervenant engagé et lui-même déficient visuel.
Un rôle centré sur l’autonomie
Pour Taha, l’objectif des ateliers est simple et essentiel : rendre les personnes autonomes avec leur iPhone. « Mon rôle, c’est d’accueillir des personnes qui ne savent pas se débrouiller avec leur iPhone et de leur apprendre à l’utiliser avec VoiceOver », explique-t-il. L’idée est de permettre aux participants de faire « ce qu’une personne lambda peut faire avec son iPhone » : envoyer des messages, recevoir des appels, lire et répondre à des e-mails ou naviguer sur Internet. « L’important, c’est qu’ils puissent se débrouiller seuls, sans dépendre en permanence de quelqu’un », insiste Taha.
Les ateliers sont exclusivement dédiés à l’iPhone, un choix qui s’impose naturellement. « À 90 %, les personnes sont sur iPhone. C’est plus intuitif et historiquement plus accessible », souligne-t-il, même si Android progresse aujourd’hui.
Focus sur l’application StreetNav
Parmi les applications présentées lors des ateliers, StreetNav occupe une place centrale. Développée par Vibe et pensée pour les personnes déficientes visuelles, elle s’adapte dès l’installation au type de handicap renseigné. « Pour nous, c’est aveugle, et l’application s’adapte complètement ». StreetNav propose un guidage précis et rassurant. « Il y a un accompagnement de A à Z, même dans les transports en commun », explique Taha. L’application guide l’utilisateur dans ses trajets urbains, annonce l’arrivée au tram, indique le nombre d’arrêts restants et précise quand descendre, jusqu’à la destination finale. Taha l’utilise lui-même pour les trajets qu’il ne connaît pas ou dans certaines situations particulières. « Quand la voix ne parle pas dans le tram, je la lance. Là, ça me sauve ».
Un impact concret sur la vie des participants
Pour Taha, le numérique transforme réellement le quotidien des personnes déficientes visuelles. « Oui, clairement, ça leur facilite la vie ». Grâce aux outils numériques, certains participants gagnent en autonomie : ils consultent leurs mails, vont sur Internet et gèrent leurs démarches seuls. Des applications comme Be My Eyes jouent également un rôle essentiel. « Ils arrivent à lire leur courrier sans avoir constamment quelqu’un à côté d’eux ». Cette autonomie est précieuse, tant pour la liberté que pour l’estime de soi.
Cependant, l’apprentissage reste complexe, notamment pour les personnes âgées. « Il faudrait presque un accompagnement personnalisé pour chaque personne », reconnaît Taha, ce qui est difficile à assurer dans un cadre bénévole.
Un retard français à combler
Taha porte un regard critique sur la situation en France. « On est en retard sur l’apprentissage des outils numériques, surtout pour les personnes âgées ». Si l’accompagnement existe pour la locomotion ou la vie journalière, le numérique reste encore trop souvent oublié. « Aujourd’hui, tout est dématérialisé : les démarches administratives, les documents officiels… et les personnes se retrouvent dans une misère numérique incroyable ». Selon lui, l’apprentissage du numérique devrait être pris en charge au même niveau que les autres formes d’accompagnement.
L’importance du vécu dans l’animation des ateliers
Enfin, Taha souligne l’importance du vécu dans l’animation de ces ateliers. S’il est possible pour une personne voyante d’apprendre VoiceOver, il estime que le fait de partager les mêmes difficultés permet une meilleure compréhension des besoins et des réalités quotidiennes des participants.
Ces ateliers numériques de l’ECL montrent ainsi combien l’accessibilité numérique est un levier essentiel d’autonomie, d’inclusion et de dignité pour les personnes déficientes visuelles.
Un grand merci à Malakoff Humanis, dont le soutien permet à ces ateliers numériques de continuer à accompagner les participants au quotidien. 💙




